Mihai (Sebastian Stan), un immigré roumain et chrétien fondamentaliste, et son épouse norvégienne Lisbet (Renate Reinsve) s’installent avec leurs cinq enfants à Fjord, un petit village de l’ouest de la Norvège. Un jour, lorsqu’un enseignant découvre des ecchymoses sur le corps de leur fille aînée, les services de protection de l’enfance placent les cinq enfants en famille d’accueil. Inspiré par l’affaire réelle des Bodnariu de 2015, le réalisateur Cristian Mungiu ne réduit pas cette tragédie à une simple opposition entre le bien et le mal. Sans se hâter de conclure à la culpabilité ou à l’innocence des parents, il observe avec retenue la manière dont ils se retrouvent enfermés dans un piège kafkaïen et saisit avec acuité, à travers son regard intellectuel caractéristique, le point de collision entre un système progressiste et des valeurs traditionnelles. S’appuyant sur une maîtrise des plans longs et des dialogues digne d’un grand cinéaste, le réalisateur construit un thriller social et judiciaire sophistiqué qui ébranle jusqu’aux convictions du spectateur. « Fjord » rappelle avec discrétion mais insistance que comprendre autrui commence, en fin de compte, par l’effort d’écouter ses paroles.