« Chef-d’œuvre maudit » est une autre façon de désigner une œuvre trop en avance sur son temps. En 1973, Mushi Production présente « Belladonna », revendiquant une avant-garde pour adultes. Inspiré de « La Sorcière » de Michelet, le film retrace le parcours de Jeanne qui, violée par le seigneur lors de sa nuit de noces, conclut un pacte avec le diable et renaît en sorcière. La mise en scène radicale, où la caméra parcourt des aquarelles immobiles, et l’art sensuel de Kuni Fukai, qui évoque Klimt et Beardsley, mettent à l’épreuve la définition même de l’animation. La voix du diable, interprétée par le grand acteur Tatsuya Nakadai, et le rock psychédélique qui baigne les images participent aussi à son attrait. Dernier pari de Mushi Production, menacé de faillite après le départ d’Osamu Tezuka, le film fut un échec commercial cuisant, et la société finit par fermer ses portes. Pourtant, cet échec commercial fut invité à l’époque au Festival de Berlin, puis ressuscita en 2016 dans une version restaurée en 4K, devenant culte à l’étranger avant de l’être au Japon. Une occasion rare de découvrir sur grand écran cet imaginaire provocateur qui transforme l’histoire des souffrances des femmes en mythe de libération.