Si l’on peut appeler auteur celui qui a accompli son style cinématographique dans le rapport antagoniste entre le système de l’industrie cinématographique et les réalisateurs, alors Johnnie To est assurément un auteur de Hong Kong, et « Election 1 » est un film empreint de sa signature d’auteur. Tout en prenant racine dans le film noir hongkongais, « Election 1 » en fait bientôt imploser les caractéristiques de genre par son style et sa vision du monde propres, redéfinissant ainsi le film noir hongkongais. La transformation de Lok, personnage sans relief qui défend les valeurs traditionnelles des triades chinoises, en un personnage à plusieurs dimensions, ou encore l’image de son fils plongé dans le désarroi psychologique après avoir découvert la face cachée de son père, révèlent clairement l’orientation cinématographique d’« Election 1 », qui vise à déconstruire l’atmosphère romantique propre au film noir hongkongais. Pour Johnnie To, le héros romantique n’est ni plus ni moins que de la « nourriture pour chiens ». En cela, « Election 1 » ressemble au western révisionniste : il cherche à déconstruire un genre mythifié pour le remplacer par un tableau de mœurs. « Election 1 » a été invité en compétition au Festival de Cannes en 2005.