Suyeon (Roh Jeong-eui), autrice de romans d’horreur, passe des jours d’angoisse sans parvenir à écrire la fin de son nouveau livre. À l’occasion d’un congé prolongé, son petit ami Shinji (Show Kasamatsu) vient lui rendre visite, et tous deux rêvent de moments d’intimité dans une demeure isolée à la campagne. Mais, dès l’instant où il se blesse au visage avec un vieux rasoir, Shinji change brutalement et devient d’une extrême violence. Le visage adorable de l’amant a disparu, laissant place à un visage inconnu, étrangement déformé, hideusement tordu et explosant de folie. Dès lors, « Shaving » se lance dans une course effrénée, porté par une force imprévisible. Le rasage sert de détonateur : le passé de Suyeon marqué par les traumatismes et ses peurs intérieures, qu’elle avait à grand-peine contenues et réprimées, jaillissent en un instant, tandis que la colère de Shinji explose elle aussi. À la source de cette folie débridée se trouvent l’emprise et la domination malveillantes exercées au nom du couple ou de l’amour, et la transformation de Shinji se nourrit précisément de cette violence cruelle. C’est le nouveau film ambitieux que propose Kim Jung-hoon, treize ans après son premier long métrage, « Tinker Ticker » (2013), qui dépeignait la vie intérieure de jeunes gens pleins de ressentiment envers le monde. Le plaisir produit par cet amalgame de psychologie, d’horreur et de mystère est considérable. S’y trouve aussi la résolution d’une femme qui risque sa vie pour reprendre possession de son existence. Roh Jeong-eui incarne avec assurance Suyeon, qui paraît fragile mais sait trancher ; Show Kasamatsu insuffle au film une tension maximale par ses nuances étranges, tandis que Byun Yo-han porte fermement un pan majeur de son horreur.