Couronnée du prix du jury au Festival de Cannes, cette œuvre est véritablement ambitieuse. Après avoir observé, dans son film précédent, le monde intérieur d’une fillette qui regarde ses parents divorcés, Schilinski convoque délibérément quatre générations de filles. Elles vivent à des époques différentes au fil des siècles, mais demeurent dans le même espace, où règne autour d’elles le souffle de la mort. Les époques s’imbriquent avec précision, révélant très lentement leurs liens, tandis que les filles perçoivent avec acuité les autres et le monde extérieur. Si vivre consiste à marcher aux côtés des fantômes et des morts, comment ces enfants pleines de fraîcheur traverseront-elles à la nage le fleuve de la réalité ? Comme pour nous inviter à observer les personnages par une infime fente, ceux-ci se retrouvent souvent enfermés dans un autre espace à l’intérieur du cadre étroit au format 4:3 ; à l’inverse de ces personnages isolés dans le cadre, la caméra se déplace librement, comme l’air. À cela s’ajoutent un son et un éclairage admirablement conçus, avec le soin apporté à un objet d’orfèvrerie. Une œuvre qui mérite pleinement de figurer parmi les films d’art et d’essai de l’année.