La poursuite est l’essence du cinéma de Na Hong-jin. Ses poursuites, faites de courses effrénées et de glissades, visent la nature même du médium cinématographique. Contrairement à ses films précédents, « Hope » brouille le sens de la poursuite et traverse le chaos en échangeant sans cesse les rôles du poursuivant et du poursuivi. Lorsqu’il construit une poursuite qui se prolonge du village à la forêt puis à la route, Na Hong-jin réduit ou supprime délibérément le plaisir de la vitesse. À force de différer le suspense, la direction et l’intensité de la poursuite deviennent inopérantes, et celle-ci tourne souvent sur place, comme une roue qui patine. Dans le village où l’on franchit l’entrée des bâtiments sans parvenir à en sortir, dans la forêt où l’on meurt en fuyant sans repères, sur la longue route dont on ne distingue ni le début ni la fin, le mouvement s’arrête souvent sur des plaisanteries ineptes et des erreurs. Un défi d’une effronterie audacieuse, une déclaration hardie selon laquelle on peut atteindre le cinéma même après avoir détruit les éléments qui, à nos yeux, le constituent. Le film semble avoir absorbé la nationalité, l’identité locale, les traits de l’époque, les conventions des genres et jusqu’au plaisir primordial du public. Serait-ce de la mégalomanie de voir dans ce soleil qui ne se couche jamais un œil extraterrestre et l’œil du cinéma qui nous regarde ? Même si c’est le cas, il est heureux que cette lumière soit empreinte de compassion pour la peur et la bêtise humaines.